Petits secrets de fleurs... [MAJ du 28 mars]

Démarré par Roland RIPOLL, 29 Juin 2022, 10:27:14

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0 Membres et 1 Invité sur ce sujet

gjacobs

Une belle mise à jour, avec un dosage parfait de la netteté sur le sujet, et le flouté du fond!

Gauthier

Baussant

L' émotion nait de l' attente

Roland RIPOLL

Merci à vous !

L'étrange  ballet des étamines de la Rue fétide

La Rue fétide (Ruta graveolens)  a, comme d'autres fleurs, la particularité de s'auto féconder dans le cas où la fécondation par les insectes n'aurait pas eu lieu ou n'aurait pas été bien assurée.

Mais cette particularité est bien particulière ! En effet, ses étamines se redressent à tour de rôle pour aller buter sur le gros pistil au centre de la fleur et le féconder. Les 8 ou 10 étamines se relèvent,  les unes après les autres, successivement pour toucher le pistil et le saupoudrer de pollen. Fait étonnant, l'étamine qui heurte celle qui l'a précédée la remet aussitôt en place.

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Ce mouvement des étamines est dû à un raccourcissement rapide de la façade interne du filet dont les cellules contiennent de l'eau et qui se rétractent ou se contractent.
 
A noter cette autre curiosité: les premières fleurs ont souvent 5 pétales, les autres, un peu plus tardives n'ont que 4 pétales et sont généralement situées sur le pourtour de l'inflorescence.

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La Rue fétide a longtemps été considérée comme une "herbe de sorcières", notamment pour ses propriétés abortives. Sa culture fut même interdite en France par une loi en 1921. A cette époque, les quelques plants du Jardin des plantes de Paris furent protégées par une grille en fer pour empêcher d'éventuelles candidates à l'avortement d'en cueillir...

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"être simple pour être vrai"

gjacobs

Incroyable! LA 3 est une bien belle image de plus!

Gauthier

den7

Elle est très étonnante cette dernière, la 3 pour moi aussi.

Roland RIPOLL

Merci !

La Cymbalaire des murs: côté pile et côté face...

C'est une fleur qui affectionne les murs, les vieilles pierres, les falaises calcaires. Elle forme des touffes qui retombent sur les murs ou qui s'étalent sur des surfaces verticales. Elle possède de longues tiges rampantes  qui se marcottent naturellement en formant des racines adventives au niveau des nœuds et en s'enracinant dans les jointements,  les fissures et les anfractuosités des pierres.





Dans un premier temps, ses fleurs ont la particularité de se tourner vers le soleil jusqu'à leur fécondation.

Après fécondation, le long pédoncule s'allonge et se courbe peu à peu. La fleur se tourne alors vers le mur afin que les graines contenues dans des capsules globuleuses soient déposées dans une fissure proche.





On appelle ce premier mouvement "phototropisme positif" lorsque la fleur s'oriente vers le soleil. Le second mouvement est appelé "phototropisme négatif", quand la fleur se tourne vers le mur ou la paroi pour éviter que les graines tombent au sol ou dans le vide.



Cette adaptation permet d'assurer le succès de la germination et de la dissémination. A noter que les graines parviennent souvent à germer dans un substrat pauvre ou quasi inexistant.



"être simple pour être vrai"

gjacobs

Ah ben ça, quelle épatante technique! Je suis impressionné!

La seconde est de toute beauté!

Gauthier

den7

J'avais remarqué celle-ci contre un mur et je suis bien contente d'avoir des explications.

Une belle mise en image.

Roland RIPOLL

Merci à vous deux !

La Cardère sauvage plante carnivore ?

La cardère sauvage (Dipsacus fullonum) est également connue sous le nom populaire de "Cabaret des oiseaux". En effet, ses jeunes feuilles embrassantes, opposées et soudées à leur base, forment un réservoir,  un réceptacle  qui retient l'eau de pluie, offrant ainsi aux oiseaux un abreuvoir naturel. D'où son nom "Dipsacus"  qui vient du grec "dipsao"  et signifie avoir soif.



Il s'avère que c'est aussi un piège pour les insectes et autres petits invertébrés qui s'y noient. La plante pourrait elle se nourrir de la décomposition des cadavres d'insectes tombés dans le réservoir de ses feuilles ? Serait-elle une plante carnivore ? C'est la question que se posent les scientifiques.



Le premier à avoir émis cette hypothèse est le propre fils de Darwin qui, en 1870, fut le premier à observer la présence de filaments rétractables dans ces réservoirs.  Ces filaments sont produits par des poils tapissant la face interne du réceptacle et dotés d'un mouvement de rétraction extrêmement rapide car ils sont capables d'apparaître et de disparaitre en quelques secondes...
Il avait suggéré que la plante pouvait tirer ses nutriments des insectes noyés...



Plus récemment, des chercheurs ont mis en évidence l'existence d'un réseau de bactéries et de champignons autour de ces poils sécréteurs de filaments. La plante élèverait des bactéries pour en absorber l'azote grâce à de mystérieux filaments hyper-mobiles. Du jamais vu dans le monde végétal !



Des études récentes montrent que la présence d'insectes morts dans les réceptacles n'a pas véritablement d'impact sur la croissance de la cardère sauvage, mais que les plantes qui contiennent des insectes, et plus particulièrement des mouches mortes, produisent des graines plus grosses.



Alors la Cardère sauvage plante carnivore ? Semi-carnivore ou "Bactérivore" ?
"être simple pour être vrai"

den7

Bonjour, c'est très intéressant et les 2 dernières, comme en cage, sont bien jolies.

gjacobs

Incroyable encore! Décidément, la nature est surprenante! L'avant-dernière est très jolie, par ailleurs!

Gauthier

Roland RIPOLL

Merci à vous deux !

Quand les fleurs ont la tête à l'envers: le "résupination" des orchis

Quand on observe une fleur d'orchidée, on ne réalise sans doute pas qu'elle est en réalité orientée à l'envers. En effet, chez la majeure partie des orchidées, lorsque la fleur est encore sous la forme d'un bouton, le labelle est en position haute. Mais lorsqu'elle éclot, elle va faire pivoter son labelle à 180° vers le bas, (ce phénomène est appelé "résupination") afin de faciliter plus tard la tâche du pollinisateur. C'est Carl Von Linné qui découvre ce phénomène chez les orchidées en 1780.

Orchis pourpre




La résupination se fait en torsadant l'ovaire à 180° grâce à des cellules spécialisées munies de statolithes, des petits éléments minéraux qui rendent la fleur sensible à la gravité. De plus, lorsque les fleurs deviennent plus lourdes avant de s'ouvrir, leur poids crée une force de rotation qui aide à compléter le retournement. Le labelle est particulièrement important dans cette rotation: étant la partie la plus lourde, il agirait comme un poids pendule tirant la fleur vers le bas.

Orchis bouc


Elle est très importante dans la multiplication sexuée car elle permet, après cette rotation de 180 degrés,  d'exposer  une surface maximum à la vue des insectes pollinisateurs.

Elle permet également de positionner le labelle correctement afin que l'insecte pollinisateur soit orienté vers le gynostème, un peu à l'image d'une piste d'atterrissage balisée.

Orchis mâle


Une autre particularité curieuse est que, en règle générale, la direction de la résupination alterne d'une fleur à l'autre le long de l'inflorescence. Par exemple, si la première fleur de l'inflorescence se tord dans le sens horaire, la seconde elle tourne dans le sens antihoraire, et ainsi de suite ! Toutefois, Chez le Limodore à feuilles avortées (Limodorium abortivum) la rotation est presque toujours dextre.

Orchis militaire


Si, pour quelque raison que ce soit,  la résupination n'a pas lieu, la fleur reste orientée avec un labelle vers le haut, ce qui est  nettement défavorable pour se faire polliniser.

Orchis pourpre


Orchis singe
"être simple pour être vrai"

den7

C'est très intéressant et de plus bien illustré.

J'en ai déjà rencontré sans me douter de cette complexité.

Baussant

Incroyable :
Les stratégies des fleurs  :shock: 
et tout aussi bluffant la connaissance de Roland sur ces sujets  :shock:  :shock:
L' émotion nait de l' attente

gjacobs

Ah ben ça, on en apprend tous les jours! Merci!

Gauthier